Retour à la cantoche du lycée. Le cuistot avec sa coupe mulet te demandait « steak haché ou poisson pané » d’un air accablé depuis la relégation des Verts de Saint-Étienne en D2, et explosait une louche lasse d’une purée trop liquide dans l’assiette Arcoroc en verre ambré transparent. Dans le coin du plateau, le verre Duralex avec, au fond, son numéro mystère. Je t’ai mis en appétit ? Si comme moi, tu aurais préféré te faire un peeling avec la râpe à fromage plutôt qu’avaler le céleri rémoulade, ce petit coup de rétroviseur est fait pour toi.
Source : Retroriek.nl/modèle Fruits de France
Solide au four, joli à table
À la maison, on avait droit au service Arcopal Fruits de France, en verre opal ou verre de lait comme il se disait à l’époque. De l’assiette au bol, en passant par les plats, les cocottes, les ramequins et les saladiers, la vaisselle en verre était dans tous les foyers français et dans toutes les cantines des établissements scolaires.
Arcoroc et Arcopal sont deux marques du groupe Arc, une entreprise familiale créée en 1825, qui fut la première à utiliser des machines à souffler le verre en Europe. Luminarc née en 1948, Arcopal et Arcoroc en 1958 et Cristal d’Arques en 1968, année où Johnny Hallyday pense « à tout casser ». Ces 4 marques vont démocratiser la verrerie et la vaisselle en développant des collections simples et durables, et accessibles au plus grand nombre.
Arcopal devient célèbre en France comme à l’étranger pour son verre borosilicaté opal translucide, fabriqué de manière automatisé. Les produits Arcoroc sont en verre trempé ultra-résistant aux chocs et vont fleurir les tables des familles, mais plaire aussi à l’hôtellerie et à la restauration.
La mascotte d’Arcopal : l’éléphant, animal par définition associé à la force et à la longévité, de son petit nom Archibald, et de couleur orange, la teinte phare des années 70/80. Pourquoi pas un clin d’œil à l’expression « un éléphant dans un magasin de porcelaine » ? Quelle taquine, cette équipe marketing !
Source : MuluBrok.com/collection Mugs Mobil Arcopal
La pub s’en empare. Arcopal servait de support à Cacolac, Royco, Ricoré, Van Houten, ces marques qui ont explosé dans les années 70. Je me souviens également de la collection de tasses (on dit mugs aujourd’hui) que les stations Esso, Shell, Fina ou encore Mobil offraient à leurs bons clients à cette époque où le projet sociétal commençait à filer tout droit vers la frénésie de consommation.
Moche ou vintage ?
Les goûts et les couleurs… je te vois venir ! La beauté comme la laideur sont deux notions subjectives. Il n’empêche, tu ne risques pas le syndrome de Stendhal devant une pile d’assiettes Arcopal, même en version « Ronsard ».
Source : PicClick FR/modèle Ronsard
Passée de mode à la fin des années 90, reléguée au fin fond des caves et des brocantes, la marque profite aujourd’hui d’une image rétro, dans l’air du temps. La fabrication avait cessé en 2000, avant d’être relancée en 2016 avec des motifs inspirés… des années 70. Beau un jour, beau toujours ! C’est la magie du vintage.
Dans l’imaginaire collectif, Arcopal et sa vaisselle en verre évoquent pour chacun de nous des histoires de famille, des anecdotes de repas autour d’une table en formica dressée à la va-vite, sans chichi. Actionnez la machine à remonter le temps et offrez-vous de la vaisselle Arcopal ! Le slogan des années 70 « Solide au four joli à table » est rangé aux oubliettes, mais le concept reste le même : une vaisselle résistante et abordable… qui a le mérite de protéger durablement le magnifique service en porcelaine de Limoges du mariage. Le curseur de la culpabilité n’est pas placé au même niveau en cas de casse.