– « Mamie, j’prends celui avec les p’tits chiens ou avec les p’tits chats ? »
– « Je préfèrerais de jolis paysages, avec les chiens et les chats, j’en ai déjà plein. »
C’était le rituel annuel, la sélection du calendrier des Postes. Grand-mère était calendophile, elle en faisait la collection, une façon pour elle de colorer son quotidien parfois un peu terne. J’arrête de plomber l’ambiance. Chaque début d’année, le facteur toquait à la porte avec sa panoplie de calendriers des Postes. En proposant ses mignonneries, le service public des PTT, incarné par la figure du postier à qui on accordait des étrennes…ou pas, rappelait qu’il existait.
Témoin de son temps
Pour compléter l’histoire familiale, Grand-Père exerçait le métier de facteur. Acheter le calendrier des Postes chaque année permettait à Grand-mère de rendre un hommage indirect à son mari trop tôt disparu.
La tradition du calendrier des Postes date du milieu du XVIIIe siècle. En présentant leurs bons vœux, les facteurs remettaient, en échange d’étrennes du Nouvel An, un petit calendrier mural, devenu en 1810 l’Almanach des Postes, puis l’Almanach des Postes et Télégraphes en 1880. La science avance !
Source : Pinterest
De simple carton illustré d’une scène typique de l’époque (famille aux champs, monument de Paris, décor balnéaire) et imprimé avec les saints du jour, les phases de la lune et les dates des marchés, le calendrier s’est étoffé au fil du temps, incluant les renseignements généraux et locaux du service de la Poste, mais aussi les plans du département et des principaux chefs-lieux. L’apparition de la photographie est un tournant pour la popularité du calendrier. Son nom évolue aussi, d’Almanach des PTT en 1945 à Almanach du Facteur en 1989, année où Patrick Bruel s’est cassé la voix. Le langage courant préfèrera « le calendrier des Postes ».
Est-ce que tu mesures que cet objet a trois siècles ?! L’histoire retiendra que le calendrier des Postes a pu servir de propagande au régime de Vichy durant la Seconde Guerre Mondiale et que des modèles avec le portrait de De Gaulle était encore proposés dans les années 1990. Autrefois témoignage d’une époque, le calendrier des Postes n’est plus aujourd’hui qu’un support d’images de jolis chiots ou chatons, et de paysages d’une banalité affligeante.
Merci facteur !
Les étrennes, encore un mot disparu ou pour le moins désuet. Du latin strena qui signifie cadeau puis présage, « étrennes » est un mot du XIIè siècle passé dans le sens commun comme cadeau pour un bon présage. Rétribuer, même modestement, le facteur pour un service pour lequel il est rémunéré par les finances publiques, permettait de s’assurer qu’il n’oublierait pas votre boîte aux lettres lors de ses tournées.
Les recettes issues de la vente des calendriers reviennent aux facteurs depuis 1849. De l’argent qui permettait à l’époque et peut-être encore d’arrondir des fins de mois difficiles. Chaque facteur choisit les modèles qu’il veut proposer et s’il a de l’ancienneté dans le quartier, il sait quel modèle plaira à sa « clientèle ».
Source : Calagenda.fr
Tu donnais ce que tu voulais en francs, monnaie que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, disparue en janvier 2001 au profit de l’euro. Le montant de l’obole était à la hauteur de l’estime que tu portais au facteur. Les préposés des Postes qui se contentaient de délivrer le courrier dans la boîte, sans s’enquérir de la santé du petit dernier, étaient bons pour enquiller une année sans étrennes. Peut mieux faire !
J’utilise le passé, même si le calendrier des Postes n’a pas disparu, tout en se faisant rare. Les smartphones et l’internet ont signé l’arrêt de mort de la lettre écrite avec soin et en 2020 le Covid a imposé ses contraintes sanitaires. Le facteur passe moins souvent, ne s’attarde plus sur le pas de la porte et ne s’arrête plus pour boire un café arrosé.