Difficile voire inconvenant de faire de l’humour sur le mur de Berlin. Je vais pourtant commencer cette chronique par un clin d’œil un brin provocateur. Les publicitaires, qui n’ont pas leur pareil pour exploiter le potentiel comique de l’actualité, se sont emparés de la chute du mur de Berlin pour promouvoir tout et n’importe quoi : le service DHL ou de la peinture par exemple.
Source : Vivelapub.fr
« Si cette peinture avait été utilisée sur le mur de Berlin, personne ne l’aurait démoli ».
Source Vivelapub.fr
Dans l’histoire allemande, la chute du mur est désignée par le mot « Die Wende », « le tournant ». Si l’événement a permis la réunification des 2 Allemagnes, il aura aussi changé la face du monde. Vraiment ? « Le capitaliste, c’est l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Le communisme c’est exactement l’inverse », disait Coluche. Retour sur une destruction qui aura permis l’édification d’un nouvel équilibre politique mondial, sans pour autant modifier les rapports de force.
Le mur de la honte
- 43 km de mur séparant Berlin-Ouest de Berlin-Est intra-muros,
- 112 km de frontière totale entre les parties Est et Ouest,
- 4,2 mètres de hauteur,
- 8 postes frontière,
- 302 miradors,
- 20 bunkers,
- 127 km de clôture électrique,
- 100 000 tentatives de passage à l’Ouest,
- Près de 600 morts en tentant de franchir le mur ou la frontière, sans compter le nombre incalculable de personnes mortes de chagrin ou de désespoir
- Une ville et un peuple coupés en deux, une abomination dont seuls les humains sont capables.
- Un dernier chiffre, plus réjouissant celui-là. 5 075 personnes réussiront à s’évader de l’Est pour rejoindre Berlin-Ouest par divers moyens : escalade, souterrains, voitures transformées, fuite à la nage sur la Spree. Un Français souhaitant faire venir sa dulcinée Ossie à l’Ouest la cache dans deux valises reliées entre elles par un trou. Ça passe ! Comme la tyrolienne avec laquelle un père de famille réussit à faire sortir de l’enfer de l’Est femme et enfant. Plus flamboyante, l’évasion en montgolfière, qui fera l’objet d’un film, Le vent de la liberté, sorti en avril 2019.
Ce mur de protection antifasciste, selon l’appellation des autorités est-allemandes, a commencé à être érigé le 13 août 1961, une date qui n’est pas choisie au hasard, puisque la plupart des chefs d’État occidentaux font le pont du 15 août. Pas de risque de condamnation dans la foulée, l’ère des réseaux sociaux et d’internet est encore loin.
Berlin-Ouest, c’est l’enclave occidentale en territoire communiste contrôlé par l’URSS, la RDA (République Démocratique Allemande), qui n’a de démocratique que le nom. Le mur est la réponse de l’Est à l’hémorragie de millions d’Allemands vers l’Ouest, qui prive ainsi la RDA de main-d’œuvre et montre au reste du monde que la soviétisation du pays est bien loin de rencontrer l’adhésion souhaitée.
Du jour au lendemain, tu ne peux plus rendre visite à ta famille. 63 000 berlinois de l’Est perdent leur emploi à l’Ouest et 10 000 de l’Ouest ne peuvent plus exercer à l’Est. Le passage réservé aux étrangers et au personnel diplomatique est Checkpoint Charlie, bientôt largement exploité par la littérature d’espionnage (John Le Carré). Le 26 juin 1963, le président des USA John Kennedy dira cette phrase passée à la postérité « Ich bin ein Berliner » (Je suis un Berlinois), qui confirme le soutien de l’Occident, le monde libre, aux captifs de l’Est.
Une chute en douceur
Source : Les Echos
Le 11 novembre, date symbolique s’il en est pour l’Allemagne et l’Europe, le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, déchu de sa nationalité soviétique depuis 1978, joue de son instrument au pied du mur en mémoire des victimes. La foule, qui n’a pas besoin d’encouragement, poursuit son œuvre de destruction. Fin 1989 et en 1990, le mur sera démantelé à raison de 100 mètres par nuit, avant qu’une démolition officielle ne vienne à bout du dernier bout de béton à la fin 1991. Un an plus tard, les 2 Allemagnes sont réunifiées, et rapidement les États satellites de l’URSS s’affranchissent de l’ours soviétique.
Les plus vénaux spéculent sur l’événement et font des morceaux du mur un business très juteux. 250 fragments sont stockés dans un entrepôt secret à l’ancien poste-frontière entre l’Est et l’Ouest. Comptez jusqu’à 1 million d’euros pour le plus artistique.
Pour ceux qui était nés et suffisamment âgé, chacun se souvient de l’endroit où il était, de ce qu’il faisait, au moment de la chute du mur de Berlin, un événement qui fait partie de la mémoire collective et qui va chambouler la géopolitique mondiale. Dans son sillage, il entraîne l’effondrement du Rideau de fer et du bloc soviétique, mettant en sourdine jusqu’au 24 février 2020 une polarité est-ouest en place depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Puisque tu as eu la patience de lire cette chronique jusqu’au bout, tu as droit à une petite blague, un peu graveleuse : Pourquoi le papier toilette a-t-il deux épaisseurs en Allemagne de l’Est ? Parce qu’il faut envoyer une copie de tout à Moscou !