Je l’attendais chaque mois, je guettais l’arrivée du facteur avec fébrilité, dans l’espoir qu’aujourd’hui j’irai me dorer la pilule aux Antilles, plonger en Mer Rouge, escalader les contreforts de l’Himalaya, découvrir l’art ancestral japonais de l’estampe, fureter dans la savane avec les Masaï, pêcher le saumon en Alaska. Et tout ça en une seule journée. Tous les mois, le magazine Géo m’emmenait en voyage et pour quelques francs (avant janvier 2001), je découvrais le monde du fond du canapé. Utile pour les cours de géographie et d’histoire, Géo était et est toujours un formidable outil de vulgarisation pour des milliers de lecteurs qui voyagent ainsi par procuration.

Source : eBay

Je voyage sans bouger

Géo ne remplacera jamais un vrai périple, mais avoue-le, il a peut-être suscité des vocations chez de nombreux gamins qui, comme moi, patientaient jusqu’à leurs 18 ans pour mettre les voiles et découvrir d’autres contrées plus dépaysantes que le camping en Vendée ou le camp de vacances dans les Pyrénées.

Géo, le magazine mensuel de voyage et de connaissance du monde ! Vaste programme ! « Les voyages forment la jeunesse », selon la célèbre maxime de Montaigne. Et si la jeunesse était formée grâce au voyage sur papier ? Je ne sais pas si l’ambition initiale du magazine Géo était de permettre de voir du pays à tous ces immobiles pour raisons financières, mais il m’a ouvert les yeux sur la diversité et la beauté de notre monde. Un rêve de voyage, c’est déjà un voyage !

Peut-être un peu trop beau, ce monde vu depuis les pages de Géo !? Les photographies léchées sur papier glacé ont fait la marque de fabrique et la réputation du magazine, donnant l’illusion d’un monde regorgeant de bulles paradisiaques, avant que des thèmes géopolitiques ne fassent leur apparition et nous renvoient à une réalité qu’on aimerait oublier.

De l’évasion mais pas que !

Géo est l’émanation d’un magazine allemand du même nom, diffusé pour la première fois dans notre beau pays de France en mars 1979. Ce même mois, Patrick Hernandez rappelait qu’il était born to be alive. D’abord adaptation de la version d’outre-Rhin, le magazine sort en mai 1982 dans une version plus proche des goûts des lecteurs français. Le sujet central du mois m’emmenait découvrir une région du monde, avec force cartes et indications pratiques (au cas où…), et il était complété par des articles plus courts.

En 1994, les éditions mensuelles ajoutent des rubriques d’actualité, histoire sans doute de répondre aux attentes d’un lectorat qui devient plus au fait de l’évolution de la planète grâce à l’internet.

En 2020, Géo comprend la détresse des Français confinés à l’intérieur des frontières de leur hexagone et développe des numéros hors-séries sur la France consacrés au vélo et aux petits pays de nos belles régions. Géo se veut aussi une ouverture sur le monde en traitant de sujets moins glamours que le farniente sur les rives du lac de Côme ou la vie sur un atoll polynésien. Il n’hésite pas à parler de la folklorisation de certaines cultures locales, de l’uniformisation des voyages et des risques environnementaux qu’entraîne le tourisme de masse, et des enjeux écologiques tout autour du globe.

Deux chiffres illustrent les bouleversements induits par le développement des voyages : en 1976, quand le Géo allemand est sorti pour la première fois, il y avait 260 millions de touristes dans le monde ; en 2019, avant le Covid, ils étaient plus d’1 milliard !

Source : Géo -hors série août 2020

Depuis la crise sanitaire de 2020, voyager prend un autre sens. Il y a le monde tel qu’on le rêve et celui tel qu’il est. L’esprit de découverte et d’aventure reste l’ADN de Géo, mais le magazine veut aussi rendre compte d’un monde qui change, d’un monde en danger, qu’il faut protéger.

Géo, c’est aujourd’hui plus de 72 000 abonnés de la version papier et 4 millions de visiteurs uniques pour la version en ligne. Géo existe aussi dans deux autres domaines éditoriaux, l’Histoire et les sciences.